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RECHERCHES
Constitution dogmatique sur l'Eglise

Lumen Gentium

Concile Oecuménique Vatican II

Lumen Gentium:

Première partie d'un dytique sur l'Eglise, ce
document, promulgué le 21 novembre 1964,
rappelle que Vatican II est le Concile ecclésial
par excellence. Cette colonne dogmatique
pourrait porter comme titre : "Eglise, que dis-tu
de toi-même?". Elle se qualifie d'un titre qui lui
vient d'en haut : sacrement général de notre
salut.
Lumen Gentium, Constitution dogmatique sur
l'Eglise, traite de l'Eglise en elle même et ceci en
8 chapitres :
le Mystère de l'Eglise,
le Peuple de Dieu,
l'Episcopat,
les Laïcs,
l'appel à la Sainteté,
les Religieux,
le Caractère eschatologique de l'Eglise,
la Vierge Marie.
C'est le pendant du document conciliaire
Gaudium et Spes qui traite de l'Eglise dans son
rapport au monde. L'histoire de l'origine de
l'Eglise est une histoire d'amour, c'est de cet
amour que lui vient sa sacramentalité.
Ce document est riche des recherches et des
redécouvertes des notions bibliques : peuple de
Dieu, communauté, royaume de Dieu, bercail ou
bergerie, troupeau, champ de Dieu etc... On peut
noter le chap. 8 sur Marie, modèle de l'Eglise.



EN UNION AVEC LES PERES DU SAINT CONCILE
POUR QUE LE SOUVENIR S'EN MAINTIENNE A JAMAIS

CONSTITUTION DOGMATIQUE SUR L'EGLISE

LUMEN GENTIUM

CHAPITRE PREMIER

LE MYSTERE DE L'EGLISE

Introduction

1 Le Christ est la lumire des peuples; runi dans l'Esprit-Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonant toutes cratures la bonne nouvelle de l'Evangile rpandre sur tous les hommes la clart du Christ qui resplendit sur le visage de l'Eglise (cf. Mc 16,15). L'Eglise tant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est--dire la fois le signe et le moyen de l'union intime avec Dieu et de l'unit de tout le genre humain, elle se propose de prciser davantage, pour ses fidles et pour le monde entier, en se rattachant l'enseignement des prcdents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. A ce devoir qui est celui de l'Eglise, les conditions prsentes ajoutent une nouvelle urgence: il faut en effet que tous les hommes, dsormais plus troitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, ralisent galement leur pleine unit dans le Christ.


Le dessein du Pre qui veut sauver tous les hommes

2 Le Pre ternel par la disposition absolument libre et mystrieuse de sa sagesse et de sa bont a cr l'univers ; il a dcid d'lever les hommes la communion de sa vie divine ; aprs leur chute en Adam, il ne les a pas abandonns, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considration du Christ rdempteur, "qui est l'image du Dieu invisible, premier-n de toute la cration" (Col 1,15). Tous ceux qu'il a choisis, le Pre, avant tous les sicles, les "a distingus et prdestins reproduire l'image de son Fils pour qu'il soit le premier-n parmi une multitude de frres" (Rm 8,29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les appeler former la sainte Eglise qui, annonce en figure ds l'origine du monde, merveilleusement prpare dans l'histoire du peuple d'Isral et dans l'ancienne Alliance(1), tablie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s'est manifeste grce l'effusion de l'Esprit-Saint et, au terme des sicles, se consommera dans la gloire. Alors, comme on peut le lire dans les saints Pres, tous les justes depuis Adam, "depuis Abel le juste jusqu'au dernier lu"(2) se trouveront rassembls auprs du Pre dans l'Eglise universelle.

Notes:
(1) Cf. S. Cyprianus, Epist. 64, 4: PL 3, 1O17 ; CSEL (Hartel) III B, p. 72O. - S. Hilarius Pict. in Mt 23: PL 9, 1047. St Augustini, passim. S. Cyrilluys Alex. Glaph. in Gn 2,10: PG 69, 110 A.
(2) Cf. S. Gregorius M. Hom. in Evang. 19, 1 :: PL 76, 1154 B. S; Augustinus, Serm. 341, 9, 11: PL 39, 1499 s. S. Damascenus, Adv. Iconocl. 11: PG 96, 1357.

La mission du Fils

3 Ainsi le Fils vint, envoy par le Pre qui nous avait choisis en lui avant la cration du monde et prdestins une adoption filiale, selon son libre dessein de tout rassembler en lui (cf. Ep 1,4-5 1,10). C'est pourquoi le Christ, pour accomplir la volont du Pre, inaugura le royaume des cieux sur la terre, nous rvla son mystre et, par son obissance, effectua la Rdemption. L'Eglise, qui est le rgne de Dieu dj mystrieusement prsent, opre dans le monde, par la puissance de Dieu, sa croissance visible .Commencement et dveloppement que signifient le sang et l'eau sortant du ct ouvert de Jsus crucifi (cf. Jn 19,34) et que prophtisent les paroles du Seigneur disant de sa mort en croix: "Pour moi, quand j'aurai t lev de terre, j'attirerai tous les hommes" (Jn 12,32 grec). Toutes les fois que le sacrifice de la croix par lequel le Christ notre pque a t immol (1Co 5,7) se clbre sur l'autel, l'oeuvre de notre Rdemption s'opre. En mme temps, par le sacrement du pain eucharistique, est reprsente et ralise l'unit des fidles qui, dans le Christ, forment un seul corps (cf. 1Co 10,17). A cette union avec le Christ, qui est la lumire du monde, de qui nous procdons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appels.


L'Esprit qui sanctifie l'Eglise

4 Une fois acheve l'oeuvre que le Pre avait charg son Fils d'accomplir sur la terre (cf. Jn 17,4), le jour de Pentecte, l'Esprit-Saint fut envoy qui devait sanctifier l'Eglise en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l'unique esprit, l'accs auprs du Pre (cf. Ep 2,18). C'est lui, l'Esprit de vie, la source d'eau jaillissante pour la vie ternelle (cf. Jn 4,14; 7,38-39), par qui le Pre donne la vie aux hommes que le pch avait fait mourir, en attendant de ressusciter dans le Christ leur corps mortel (cf. Rm 8,10-11). L'Esprit habite dans l'Eglise et dans le coeur des fidles comme dans un temple (cf. 1Co 3,16; 6,19), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (cf. Ga 4,6; Rm 8,15-16 8,26).Cette Eglise qu'il introduit dans la vrit tout entire (cf. Jn 16,13), et laquelle il assure l'unit dans la communion et le service, il l'quipe et la dirige grce la diversit des dons hirarchiques et charismatiques , il l'orne de ses fruits (cf. Ep 4,11-12; 1Co 12,4; Ga 5,22). Par la vertu de l'Evangile, il rajeunit l'Eglise et il la renouvelle sans cesse, l'acheminant l'union parfaite avec son poux(3). L'Esprit et l'Epouse, en effet, disent au Seigneur Jsus: "Viens" (cf. Ap 22,17).

Ainsi l'Eglise universelle apparat comme un "peuple qui tire son unit de l'unit du Pre et du Fils et de l'Esprit-Saint"(4).

Notes:
(3) Cf. S Irenaus, Adv. Haer. III, 24, 1 ;; PG 7, 966 B ; harvey 2, 131 ; Sagnard, Sources Chr. p. 398.
(4) S. Cyprianus, De Orat. Dom. 23: PL 4, 553 ; CSEL (Hartel) III A, p. 285. St Augustinus, Serm. 71, 20, 33: PL 38, 463 s. S. Damascenus, Adv.Iconocl. 12: PG 96, 1358 D.


Le royaume de Dieu

5 Le mystre de l'Eglise sainte se manifeste en sa fondation. En effet, le Seigneur Jsus donna naissance son Eglise en prchant l'heureuse nouvelle, l'avnement du rgne de Dieu promis dans les Ecritures depuis des sicles: "que les temps sont accomplis et que le royaume de Dieu est l"(Mc 1-15 cf. Mt 4,17). Ce royaume , il brille aux yeux des hommes dans la parole, les oeuvres et la prsence du Christ. La parole de Dieu est en effet compare une semence qu'on sme dans un champ (Mc 44,14): ceux qui l'coutent avec foi et sont agrgs au petit troupeau du Christ (Lc 12,32) ont accueilli son royaume lui-mme ; puis, par sa propre vertu, la semence germe et crot jusqu'au temps de la moisson (cf. Mc 4,26-29). Les miracles de Jsus apportent galement la preuve que le royaume est dj venu sur la terre: "si c'est par le doigt de Dieu que j'expulse les dmons, c'est donc que le royaume de Dieu est arriv parmi vous" (Lc 11,20 cf. Mt 12,28). Avant tout cependant, le royaume se manifeste dans la personne mme du Christ, Fils de Dieu et Fils de l'homme, venu "pour servir et donner sa vie en ranon d'une multitude" (Mc 10,45)...

Et quand Jsus, ayant souffert pour les hommes la mort de la croix, fut ressuscit, il apparut que Dieu l'avait fait Seigneur, Christ et Prtre pour l'ternit (cf. Ac 2,36 He 5,6 7,17-21), et il rpandit sur ses disciples l'Esprit promis par le Pre (cf. Ac 2,33). Aussi l'Eglise, pourvue des dons de son fondateur, et fidlement applique garder ses prceptes de charit, d'humilit et d'abngation, reoit mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu et de l'instaurer dans toutes les nations, formant de ce royaume le germe et le commencement sur la terre. Cependant, tandis que peu peu elle s'accrot, elle-mme aspire l'achvement de ce royaume, esprant de toutes ses forces et appelant de ses voeux l'heure o elle sera, dans la gloire, runie son Roi.


Les images de l'Eglise

6 Tout comme dans l'ancien Testament la rvlation du royaume est souvent prsente sous des figures, de mme maintenant c'est sous des images varies que la nature intime de l'Eglise nous est montre, images tires soit de la vie pastorale ou de la vie des champs, soit du travail de construction ou encore de la famille et des pousailles, et qui se trouvent bauches dj dans les livres des prophtes.

L'Eglise, en effet, est le bercail dont le Christ est l'entre unique et ncessaire (Jn 10,1-10).Elle est aussi le troupeau dont Dieu a proclam lui-mme l'avance qu'il serait le pasteur (cf. Is 40,11 Ez 34,11 s.), et dont les brebis, quoiqu'elles aient leur tte des pasteurs humains, sont cependant continuellement conduites et nourries par le Christ mme, Bon Pasteur et Prince des pasteurs (cf. Jn 10,11 1P 5,4), qui a donn sa vie pour ses brebis (cf. Jn 10,11-15).

L'Eglise est le terrain de culture, le champ de Dieu (1Co 33,9). Dans ce champ crot l'antique olivier dont les patriarches furent la racine sainte et en lequel s'opre et s'oprera la rconciliation entre Juifs et Gentils (Rm 11,13-26). Elle fut plante par le Vigneron cleste comme une vigne choisie (Mt 21,33-43 par. ; cf. Is 5,1 ss.). La Vigne vritable c'est le Christ: c'est lui qui donne vie et fcondit aux rameaux que nous sommes: par l'Eglise nous demeurons en lui, sans qui nous ne pouvons rien faire (Jn 15,1-5).

Bien souvent aussi, l'Eglise est dite la construction de Dieu (1Co 3,9). Le Seigneur lui-mme s'est compar la pierre rejete par les btisseurs et devenue pierre angulaire (Mt 21,42 par.; cf. Ac 4,11 1P 2,7 Ps 117,22).Sur ce fondement, l'Eglise est construite par les aptres (cf. 1Co 3,11), et de ce fondement elle reoit fermet et cohsion. Cette construction est dcore d'appellations diverses: la maison de Dieu (1Tm 3,15), dans laquelle habite la famille, l'habitation de Dieu dans l'Esprit (Ep 2,19-22), la demeure de Dieu chez les hommes (Ap 21,3), et surtout le temple saint, lequel, reprsent par les sanctuaires de pierres, est l'objet de la louange des saints Pres et compar juste titre dans la liturgie la Cit sainte, la nouvelle Jrusalem(6). En effet, nous sommes en elle sur la terre comme les pierres vivantes qui entrent dans la construction (1P 2,5). Cette Cit sainte, Jean la contemple descendant du ciel d'auprs de Dieu l'here o se renouvellera le monde, prte comme une fiance pare pour son poux (Ap 21,1 s.).

L'Eglise s'appelle encore "la Jrusalem d'en haut" et "notre mre" (Ga 4,26 cf. Ap 12,17) ; elle est dcrite comme l'pouse immacule de l'Agneau immacul (Ap 19,7; 21,2 cf. Ap 21,9 22,17) que le Christ "a aime, pour laquelle il s'est livr afin de la sanctifier" (Ep 5,26), qu'il s'est associe par un pacte indissoluble, qu'il ne cesse de "nourrir et d'entourer de soins" (Ep 5,29) ; l'ayant purifie, il a voulu qu'elle lui soit unie dans l'amour et la fidlit (cf. Ep 5,24), la comblant enfin et pour l'ternit des biens clestes, pour que nous puissions comprendre l'amour envers nous de Dieu et du Christ, amour qui dfie toute connaissance (cf. 2Co 5,66), l'Eglise se considre comme exile, en sorte qu'elle est en qute des choses d'en haut dont elle garde le got, tourne l o le Christ se trouve, assis la droite de Dieu, l o la vie de l'Eglise est cache avec le Christ en Dieu, attendant l'heure o, avec son poux, elle apparatra dans la gloire (cf. Col 3,1-4).

Notes:
(5) Cf. Origenes, In Mt 16,21: PG 13, 1443 c. Tertullianus, Adv. Marc 3,7: PL 2, 357 C ; CSEL 47, 3 p. p. 386. Pro documentis liturgicis: cf. Sacramentarium Gregorianum: PL 78, 160 B. Vel C. Mohlberg, Liber Sacramentorum romanae ecclesiae, Romae, ecclesiae Romae, 1960, p. 111, XC: "Dieu qui par le rassemblement des saints construis pour toi une demeure ternelle" - Hymnus Urbs Ierusalem beata in Breviario monzastico, et Coelestis urbs Ierusalem in Breviario Romano.

L'Eglise, corps mystique du Christ

7 Le Fils de Dieu, dans la nature humaine qu'il s'est unie, a rachet l'homme en triomphant de la mort par sa mort et sa rsurrection, et il l'a transform en une crature nouvelle (cf. Ga 6,15 2Co 5,17). En effet, en communiquant son Esprit ses frres, qu'il rassemblait de toutes les nations, il a fait d'eux, mystiquement, comme son Corps.

Dans ce corps, la vie du Christ se rpand dans les croyants que les sacrements, d'une manire mystrieuse et relle, unissent au Christ souffrant et glorifi(6). Par le baptme, en effet, nous sommes rendus semblables au Christ: "Car nous avons tous t baptiss en un seul Esprit pour n'tre qu'un seul corps" (1Co 12,13). Par ce rite sacr est signifie et ralise l'union avec la mort et la rsurrection du Christ. "Nous avons t mis au tombeau avec lui par le baptme qui nous plonge en sa mort", et "si nous sommes devenus avec lui un mme tre par une mort semblable la sienne, nous le serons aussi par une semblable rsurrection" (Rm 6,4-5). Participant rellement au Corps du Seigneur dans la fraction du pain eucharistique, nous sommes levs la communion avec lui et entre nous. Puisqu'il n'y a qu'un seul pain, nous tous nous ne formons qu'un corps, car tous nous avons part ce pain unique" (1Co 10,17) Nous devenons ainsi les membres de ce corps (cf. 1Co 12,27) "tant chacun pour sa part membres les uns des autres" (Rm 12,5).

Mais comme tous les membres du corps humain, malgr leur multiplicit, ne forment cependant qu'un seul corps, ainsi les fidles dans le Christ (cf. 1Co 12,12). Dans le travail d'dification du Corps du Christ rgne galement une diversit de membres et de fonctions. Unique est l'Esprit qui distribue ses dons varis pour le bien de l'Eglise la mesure de ses richesses et des exigences des services (cf. 1Co 12,11). Parmi ces dons, la grce accorde aux aptres tient la premire place: l'Esprit lui-mme soumet leur autorit jusqu'aux bnficiaires des charismes (cf. 1Co 14). Le mme Esprit qui est par lui-mme principe d'unit dans le corps o s'exerce sa vertu et o il ralise la connexion intrieure des membres, produit et stimule entre les fidles la charit. Aussi un membre ne peut souffrir que tous les membres ne souffrent, un membre ne peut tre l'honneur que tous les membres ne se rjouissent avec lui (cf. 1Co 12,26).

De ce corps le Christ est la tte. Il est l'image du Dieu invisible et en lui toutes choses ont t cres. Il est antrieur tous et l'univers subsiste en lui. Il est la tte du corps qu'est l'Eglise. Il est Principe, premier-n d'entre les morts, afin d'exercer en tout la primaut (cf. 1, 15-18). Sa grande puissance lui donne domination sur les choses du ciel et celles de le terre et, par sa perfection et son action souveraine, il comble des richesses de sa gloire le corps tout entier (cf. Ep 1,18-23) (7).

Tous les membres doivent se conformer lui jusqu' ce que le Christ soit form en eux (cf. Ga 4,19). C'est pourquoi nous sommes assums dans les mystres de sa vie, configurs lui, associs sa mort et sa rsurrection, en attendant de l'tre son rgne (cf. Ph 3,21 2Tm 2,11 Ep 2,6 Col 2,12 etc.). Encore en plerinage sur la terre, mettant nos pas dans la trace des siens, travers la tribulation et la perscution, nous sommes associs ses souffrances comme le corps la tte, unis sa passion pour tre unis sa gloire (cf. Rm 8,17).

De lui "le corps tout entier, par les ligaments et jointures, tire nourriture et cohsion pour oprer sa croissance en Dieu" (Col 2,19). Dans son corps, c'est--dire dans l'Eglise, il dispose continuellement les dons des ministres par lesquels nous nous apportons mutuellement grce sa vertu, les services ncessaires au salut, en sorte que, par la pratique d'une charit sincre nous puissions grandir de toutes manires vers celui qui est notre tte (cf. Ep 4,11-16 grec).

Pour que nous puissions nous renouveler en lui sans cesse (cf. Ep 4,23 il nous fait part de son Esprit qui, tant unique et le mme dans la tte et dans les membres, vivifie le corps entier, l'unifie et le meut, si bien que son action a pu tre compare par les saints Pres la fonction que remplit dans le corps humain le principe de la vie, c'est--dire l'me(8).

Le Christ aime l'Eglise comme son pouse, se faisant le modle de l'poux qui aime son pouse comme son propre corps (cf. Ep 5,25-28). Quant l'Eglise elle est soumise son chef (Ib. 23-24). "Puisqu'en lui habite corporellement toute la plnitude de la divinit" (Col 2,9), il emplit de ses dons divins l'Eglise qui est son corps et sa plnitude (cf. Ep 1,22-23) pour qu'elle tende et parvienne la plnitude totale de Dieu (cf. Ep 33,19).

Notes:
(6) Cf. S. Thomas, Summa Theol. III 62,5, ad 1.
(7) Cf. Pius XII, encycl. Mystici Corporis, 29 Juin 1943 / AAS 35 (1943) p. 208.
(8) Cf. Lon XIII, encycl. Divinum illud. 9 Mai 1897: ASS 29 (1896-97), p. 650. Pie XII, encycl. Mystici Corporis, I, c. pp. 219-220 ; Ds 2288 (3808). S. Augustin, Serm. 268, 2 : PL 38, 1232 et alibi. S. io. Chrysostomus, in Hom. 9, 3 :: PG 62, 72 - Didymus Alex. Trin. 2, 1 : PG 39, 449 s. S. Thomas, in col. 1, 18, lect. 5, d. Marietti, II, n. 46: "comme que de l'unit de l'me se constitue un corps un, de mme en va-t-il par l'unit de l'Esprit pour l'Eglise ...".



L'Eglise, la fois visible et spirituelle

8 Le Christ unique mdiateur, cre et continuellement soutient sur la terre, comme un tout visible, son Eglise sainte, communaut de foi, d'esprance et de charit, par laquelle il rpand, l'intention de tous, la vrit et la grce(9). Cette socit organise hirarchiquement d'une part et le Corps mystique d'autre part, l'assemble discernable aux yeux et la communaut spirituelle, l'Eglise terrestre et l'Eglise enrichie des biens clestes ne doivent pas tre considres comme deux choses, elles constituent au contraire une seule ralit complexe, faite d'un double lment humain et divin(10). C'est pourquoi, en vertu d'une analogie qui n'est pas sans valeur, on la compare au mystre du Verbe incarn. Tout comme en effet la nature prise par le Verbe divin est son service comme un organe vivant de salut qui lui est indissolublement uni, de mme le tout social que constitue l'Eglise est au service de l'Esprit du Christ qui lui donne la vie, en vue de la croissance du corps. (cf. Ep 4,16) (11).

C'est l l'unique Eglise du Christ, dont nous professons dans le symbole l'unit, la saintet, la catholicit et l'apostolicit(12), cette Eglise que notre Sauveur, aprs sa rsurrection, remit Pierre pour qu'il en soit le pasteur (Jn 21,17), qu'il lui confia, lui et aux autres aptres, pour la rpandre et la diriger (cf. Mt 28,18 etc.) et dont il a fait pour toujours la "colonne et le fondement de la vrit" (1Tm 3,15).Cette Eglise comme socit constitue et organise en ce monde, c'est dans l'Eglise catholique qu'elle se trouve gouverne par le successeur de Pierre et les vques qui sont en communion avec lui(13), bien que des lments nombreux de sanctification et de vrit subsistent hors de ses structures, lments qui, appartenant proprement par don de Dieu l'Eglise du Christ, appellent par eux-mmes l'unit catholique. Mais, comme c'est dans la pauvret et la perscution que le Christ a opr la Rdemption, l'Eglise elle aussi est donc appele entrer dans cette mme voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jsus "qui tait de condition divine s'anantit lui-mme prenant condition d'esclave" (Ph 2,6) pour nous "il s'est fait pauvre, de riche qu'il tait" (2Co 8,9). Ainsi l'Eglise qui a cependant besoin pour remplir sa mission de ressources humaines, n'est pas faite pour chercher une gloire terrestre mais pour faire clater aux yeux, par son exemple aussi, l'humilit et l'abngation. Le Christ a t envoy par le Pre "pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, ... gurir les coeurs meurtris" (Lc 4,18), "chercher et sauver ce qui tait perdu" (Lc 19,10): de mme l'Eglise enveloppe de son amour tous ceux que la faiblesse humaine afflige, bien plus, dans les pauvres et les souffrants elle reconnat l'image de son fondateur pauvre et souffrant, elle s'efforce de soulager leur misre et en eux c'est le Christ qu'elle veut servir. Mais tandis que le Christ saint, innocent, sans tache (He 7,26) n'a pas connu le pch (2Co 5,21), venant seulement expier les pchs du peuple (cf. He 2,17), l'Eglise, elle, qui enferme des pcheurs dans son propre sein, est donc la fois sainte et appele se purifier et poursuit constamment son effort de pnitence et de renouvellement.

"L'Eglise avance dans son plerinage travers les perscutions du monde et les consolations de Dieu(14), annonant la croix et la mort du Seigneur jusqu' ce qu'il vienne (cf. 1Co 11,26). La vertu du Seigneur ressuscit est sa force pour lui permettre de vaincre dans la patience et la charit les afflictions et les difficults qui lui viennent la fois du dehors et du dedans, et de rvler fidlement au milieu du monde le mystre du Seigneur, encore envelopp d'ombre, jusqu'au jour o, finalement, il clatera dans la pleine lumire.

Notes:
(9) Lon XIII, encyc. Sapientiae christianae, 10 Janvier 1890: ASS 22 (1889-90), p. 392. Id. encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895-96), pp. 710 et 724 ss.Pie XII, encyc. Mystici Corporis, I.c. pp. 199-200.
(10) Cf. Pie XII, encyc. Mystici Corporis, I.c. p. 221 ss. - Id. encycl. Humani generis, 12 aug. 1950: AAS 42 (1950) ; 571.
(11) Lon XII, encycl. Satis cognitum, I.c. p. 713.
(12) Cf. Symbolum Apostolicum: Ds 6-9 (10-13). Symb. Nic. Const. Denz. 86 (150) - coll. Prof. fidei Trid.: Ds 994 999 (1862 et 1868).
(13) Dicitur "Sancta (catholica apostolica) Romana Ecclesia": in Prof. fidei Trid. I.c. et Conc. Vat. I, Sess. 3, Const. dogm. De fide cath.: Ds 1872 (3001).
(14) St Augustin, civ. Dei, XVIII, 51, 2 : PL 41, 614.

CHAPITRE II

LE PEUPLE DE DIEU

La Nouvelle Alliance et le Peuple nouveau

9 A toute poque, la vrit, et en toute nation, Dieu a tenu pour agrable quiconque le craint et pratique la justice (cf. Ac 10,35).Cependant il a plu Dieu que les hommes ne reoivent pas la sanctification et le salut sparment, hors de tout lien mutuel ; il a voulu au contraire en faire un peuple qui le connatrait selon la vrit et le servirait dans la saintet. C'est pourquoi il s'est choisi le peuple d'Isral pour tre son peuple avec qui il a fait alliance et qu'il a progressivement instruit, se manifestant, lui-mme et son dessein, dans l'histoire de ce peuple et se le consacrant. Tout cela cependant n'tait que pour prparer et figurer l'Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la rvlation plus totale qui serait apporte par le Verbe de Dieu lui-mme, fait chair. "Voici venir des jours, dit le Seigneur, o je conclurai avec la maison d'Isral et la maison de Juda une Alliance Nouvelle ... Je mettrai ma foi au fond de leur tre et je l'crirai sur leur coeur. Alors, je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. Tous me connatront du plus petit jusqu'au plus grand, dit le Seigneur" (Jr 31,31-34). Cette alliance nouvelle, le Christ l'a institue: c'est la Nouvelle Alliance dans son sang (cf. 1Co 11,25), il appelle la foule des hommes de parmi les Juifs et de parmi les Gentils, pour former un tout selon la chair mais dans l'Esprit et devenir le nouveau peuple de Dieu. Ceux, en effet, qui croient au Christ, qui sont "re-ns" non d'un germe corruptible mais du germe incorruptible qui est la parole du Dieu vivant (cf. 1P 1,23),non de la chair, mais de l'eau et de l'Esprit-Saint (cf. Jn 3,5-6), ceux-l deviennent ainsi finalement "une race lue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis, ceux qui autrefois n'taient pas un peuple tant maintenant le peuple de Dieu" (1P 2,9-10).

Ce peuple messianique a pour chef le Christ, "livr pour nos pchs, ressuscit pour notre justification" (Rm 4,25 possesseur dsormais du Nom qui est au-dessus de tout nom et glorieusement rgnant dans les cieux. La condition de ce peuple, c'est la dignit et la libert des fils de Dieu, dans le coeur de qui, comme dans un temple, habite l'Esprit-Saint. Sa loi c'est le commandement nouveau d'aimer comme le Christ lui-mme nous a aims (cf. Jn 13,34). Sa destine enfin, c'est le royaume de Dieu, inaugur sur la terre par Dieu mme, qui doit se dilater encore plus loin jusqu' ce que la fin des sicles, il reoive enfin de Dieu son achvement, lorsque le Christ notre vie sera apparu (cf. Col 3,4) et que "la cration elle-mme sera affranchie de l'esclavage de la corruption pour connatre la glorieuse libert des enfants de Dieu" (Rm 8,21). C'est pourquoi ce peuple messianique, bien qu'il ne comprenne pas encore effectivement l'universalit des hommes et qu'il garde souvent les apparences d'un petit troupeau, constitue cependant pour tout l'ensemble du genre humain le germe le plus fort d'unit, d'esprance et de salut. Etabli par le Christ pour communier la vie, la charit et la vrit, il est entre ses mains l'instrument de la Rdemption de tous les hommes, au monde entier il est envoy comme lumire du monde et sel de la terre (cf. Mt 5,13-16).

Et tout comme l'Isral selon la chair cheminant dans le dsert reoit dj le nom d'Eglise de Dieu (2 Esd 13,1 Nb 20,4 Dt 23,1 s.) ainsi le nouvel Isral qui s'avance dans le sicle prsent en qute de la cit future, celle-l permanente (cf. He 13,14), est appel lui aussi: l'Eglise du Christ (cf. Mt 16,18): c'est le Christ, en effet, qui l'a achet de son sang (cf. Ac 20,28), empli de son Esprit et pourvu des moyens adapts pour son unit visible et sociale. L'ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jsus auteur du salut, principe d'unit et de paix, Dieu les a appels, il en a fait l'Eglise, pour qu'elle soit, aux yeux de tous et de chacun, le sacrement visible de cette unit salutaire(1).Destine s'tendre toutes les parties du monde, elle prend place dans l'histoire humaine, bien qu'elle soit en mme temps transcendante aux limites des peuples dans le temps et dans l'espace. Marchant travers les tentations, les tribulations, l'Eglise est soutenue par la vertu de la grce de Dieu, elle promise par le Seigneur pour que, du fait de son infirmit charnelle, elle ne dfaille pas la perfection de sa fidlit mais reste de son Seigneur la digne Epouse, se renouvelant sans cesse sous l'action de l'Esprit-Saint jusqu' ce que, par la croix, elle arrive la lumire sans couchant.

Notes:
(1) Cf. S. Cyprien, Epist.69, 6: PL 3, 1142 B ; CSEL (Hartel) 3 B,p.774 : " inseparabile unitatis sacramentum".


Le sacerdoce commun

10 Le Christ Seigneur, grand prtre d'entre les hommes (cf. He 5,1-5) a fait du peuple nouveau "un royaume, des prtres pour son Dieu et Pre" (cf. Ap 1,6 5,9-10). Les baptiss, en effet, par la rgnration et l'onction du Saint-Esprit, sont consacrs pour tre une demeure spirituelle et un sacerdoce saint, pour offrir, par toutes les activits du chrtien, autant de sacrifices spirituels, et proclamer les merveilles de celui qui des tnbres les a appels son admirable lumire (cf. 1P 2,4-10). C'est pourquoi tous les disciples du Christ, persvrant dans la prire et la louange de Dieu (cf. Ac 2,42-47), doivent s'offrir en victimes vivantes, saintes, agrables Dieu (cf. Rm 12,1), porter tmoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requte, de l'esprance qui est en eux d'une vie ternelle (cf. 1P 3,15).

Le sacerdoce commun des fidles et le sacerdoce ministriel ou hirarchique, bien qu'il y ait entre eux une diffrence essentielle et non seulement de degr, sont cependant ordonns l'un l'autre: l'un et l'autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ(2). Celui qui a reu le sacerdoce ministriel jouit d'un pouvoir sacr pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rle du Christ, le sacrifice eucharistique et l'offrir Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent l'offrande de l'Eucharistie(3) et exercent leur sacerdoce par la rception des sacrements, la prire et l'action de grces, le tmoignage d'une vie sainte, et par leur renoncement et leur charit effective.

Notes:
(2) Cf. pie XII, alloc. Magnificate Dominum, 2 Nov. 1954: AAS 46 (1954),p. 669. - Encyc. Mediator Dei 20 Nov. 1947: AAS 39 (1947) p. 555.
(3) cf. Pie XI, encycl. miserentissimus Redemptor, 8 Mai 1928: AAS 20(1928)p. 171 S. 6 Pie XII, alloc. Vous nous avez, 22 Sept. 1956: AAS 48 (1956), p.714.


L'exercice du sacerdoce commun dans les sacrements

11 Le caractre sacr et organique de la communaut sacerdotale entre en action par les sacrements et les vertus. Les fidles incorpors l'Eglise par le baptme ont reu un caractre qui les dlgue pour le culte religieux chrtien ; devenus fils de Dieu par une rgnration, ils sont tenus de professer devant les hommes la foi que par l'Eglise ils ont reue de Dieu(4). Par le sacrement de confirmation, leur lien avec l'Eglise est rendu plus parfait, ils sont enrichis d'une force spciale de l'Esprit-Saint et obligs ainsi plus strictement tout la fois rpandre et dfendre la foi par la parole et par l'action en vrais tmoins du Christ(5). Participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrtienne, ils offrent Dieu la victime divine et s'offrent eux-mmes avec elle(6) ; ainsi, tant par l'oblation que par la sainte communion, tous, non pas indiffremment mais chacun sa manire, prennent leur part originale dans l'action liturgique. Il s'ensuit que, restaurs par le Corps du Christ au cours de la sainte liturgie eucharistique, ils manifestent, sous une forme concrte, l'unit du peuple de Dieu que ce grand sacrement signifie en perfection et ralise admirablement.

Ceux qui s'approchent du sacrement de Pnitence y reoivent de la misricorde de Dieu le pardon de l'offense qu'ils lui ont faite et du mme coup sont rconcilis avec l'Eglise que leur pch a blesse et qui, par la charit, l'exemple, les prires, travaille leur conversion. Par l'onction sacre des malades et la prire des prtres, c'est l'Eglise tout entire qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifi, pour qu'il les soulage et les sauve (cf. Jc 5,14-16) ; bien mieux, elle les exhorte, en s'associant librement la passion et la mort du Christ (cf. Rm 8,17 Col 1,24 2Tm 2,11-12 1P 4,13) apporter leur part pour le bien du peuple de Dieu. Quant ceux parmi les fidles qui reoivent l'honneur de l'ordre sacr, c'est pour tre par la parole et la grce de Dieu les pasteurs de l'Eglise qu'ils sont institus au nom du Christ. Enfin, par la vertu du sacrement de mariage, qui leur donne de signifier en y participant le mystre de l'unit et de l'amour fcond entre le Christ et l'Eglise (cf. Ep 5,32), les poux chrtiens s'aident mutuellement se sanctifier dans la vie conjugale, dans l'accueil et l'ducation des enfants: en leur tat de vie et dans leur ordre, ils ont ainsi dans le peuple de Dieu leurs dons propres (cf. 1Co 7,7)(7). De leur union, en effet, procde la famille o naissent des membres nouveaux de la cit des hommes, dont la grce de l'Esprit-Saint fera par le baptme des fils de Dieu pour que le peuple de Dieu se perptue tout au long des sicles. Il faut que par la parole et par l'exemple, dans cette sorte d'Eglise qu'est le foyer, les parents soient pour leurs enfants les premiers hrauts de la foi, au service de la vocation propre de chacun et tout spcialement de la vocation sacre.

Pourvus de moyens salutaires d'une telle abondance et d'une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur tat de vie, sont appels par Dieu, chacun dans sa route, une saintet dont la perfection est celle mme du Pre.

Notes:
(4) Cf. S Thomas, Summa Theol. III 63,2.
(5) Cf. S Cyrille Hieros, Catech. 17 de Spiritus Sancto, II, 35-37: PG 33, 10089-1012. Nic. Cabasilas, De vita in Chridsto, lib. III, de utilitate chrismatis: PG 150, 569-580. - S. Thomas, Summa Theol. III 65,3 72,1 72,5.
(6) cf. Pius XII, encycl. Mediator Dei, 20 nov. 1947: AAS 39 (1947), praesertim pp. 552 ss.
(7) 1Co 7,7: "Chacun reoit de Dieu son don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-l". cf. S. Augustin, De Dono Persev. 14, 37: PL 45, 1015 s.: "ce n'est pas la continence seule qui est don de Dieu, mais aussi la chastet des poux".

Le sens de la foi et les charismes dans le peuple chrtien

12 Le peuple saint de Dieu participe aussi de la fonction prophtique du Christ ; il rpand son vivant tmoignage avant tout par une vie de foi et de charit, il offre Dieu un sacrifice de louange, le fruit des lvres qui clbrent son Nom (cf. He 13,15). La collectivit des fidles, ayant l'onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu'elle possde, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque , "des vques jusqu'aux derniers des fidles lacs"(8) elle apporte aux vrits concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grce en effet ce sens de la foi qui est veill et soutenu par l'Esprit de vrit, et sous la conduite du magistre sacr, qui permet, si on obit fidlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais vritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13), le peuple de Dieu s'attache indfectiblement la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3), il y pntre plus profondment en l'interprtant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre.

Mais le mme Esprit Saint ne se borne pas sanctifier le peuple de Dieu par les sacrements et les ministres, le conduire et lui donner l'ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidles de tous ordres, "rpartissant ses dons son gr en chacun" (1Co 12,11), les grces spciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au dveloppement de l'Eglise, suivant ce qu'il est dit: "C'est toujours pour le bien commun que le don de l'Esprit se manifeste dans un homme" (1Co 12,7). Ces grces, des plus clatantes aux plus simples et aux plus largement diffuses, doivent tre reues avec action de grce et apporter consolation, tant avant tout ajustes aux ncessits de l'Eglise et destines y rpondre. Mais les dons extraordinaires ne doivent pas tre tmrairement recherchs ; ce n'est pas de ce ct qu'il faut esprer prsomptueusement le fruit des oeuvres apostoliques ; c'est ceux qui ont la charge de l'Eglise de porter un jugement sur l'authenticit de ces dons et sur leur usage bien entendu. C'est eux qu'il convient spcialement, non pas d'teindre l'Esprit, mais de tout prouver pour retenir ce qui est bon (cf. 1Th 5,12 5,19-21).

Notes:
(8) Cf. S Augustin, De Praed. Sanct. 14, 27: PL 44, 980.

L'universalit ou "catholicit" de l'unique peuple de Dieu

13 A faire partie du peuple de Dieu, tous les hommes sont appels. C'est pourquoi ce peuple, demeurant un et unique, est destin se dilater aux dimensions de l'univers entier et toute la suite des sicles pour que s'accomplisse ce que s'est propos la volont de Dieu crant l'origine la nature humaine dans l'unit, et dcidant de rassembler enfin dans l'unit ses fils disperss (cf. Jn 11,52). C'est dans ce but que Dieu envoya son Fils dont il fit l'hritier de l'univers (cf. He 1,2), pour tre l'gard de tous Matre, Roi et Prtre, chef du nouveau peuple des fils de Dieu tendu l'univers. C'est pour cela enfin que Dieu envoya l'Esprit de son Fils, Seigneur et principe de vie, qui est, pour l'Eglise entire, pour tous et chacun des croyants, le principe de leur rassemblement et de leur unit dans la doctrine des aptres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et les prires (cf. Ac 2,42 grec).

Ainsi, l'unique peuple de Dieu est prsent tous les peuples de la terre, empruntant tous les peuples ses propres citoyens, citoyens d'un royaume dont le caractre n'est pas terrestre mais cleste. Tous les fidles, en effet, disperss travers le monde, sont, dans l'Esprit-Saint, en communion avec les autres, et, de la sorte "celui qui rside Rome sait que ceux des Indes sont pour lui un membre"(9). Mais comme le royaume du Christ n'est pas de ce monde (cf. Jn 18,36), l'Eglise ou peuple de Dieu par qui ce royaume prend corps, ne retire rien aux richesses temporelles de quelque peuple que ce soit, au contraire, elle sert et assume toutes les richesses, les ressources et les formes de vie des peuples en ce qu'elles ont de bon ; en les assumant, elle les purifie, elle les renforce, elle les lve. Elle se souvient en effet qu'il lui faut faire office de rassembleur avec ce Roi qui les nations ont t donnes en hritage ( cf. Ps 2,8) et dans la cit duquel on apporte dons prsents (cf. Ps 71,10 Is 60,4-7 Ap 21,24). Ce caractre d'universalit qui brille sur le peuple de Dieu est un don du Seigneur lui-mme, grce auquel l'Eglise catholique, efficacement et perptuellement, tend rcapituler l'humanit entire avec tout ce qu'elle comporte de biens sous le Christ chef, dans l'unit de son Esprit(10).

En vertu de cette catholicit, chacune des parties apporte aux autres et l'Eglise tout entire, le bnfice de ses propres dons, en sorte que le tout et chacune des parties s'accroissent par un change mutuel universel et par un effort commun vers une plnitude dans l'unit. Ainsi donc le peuple de Dieu ne nat pas seulement du rassemblement des peuples divers, mais des fonctions diverses qui le constituent en lui-mme. En effet, entre ses membres rgne une diversit qui est, soit celle des charges, certains exerant le ministre sacr pour le bien de leurs frres, soit celle de la condition et du mode de vie, beaucoup tant, de par l'tat religieux qui leur fait poursuivre la saintet par une voie plus troite, un exemple stimulant pour leurs frres. C'est pourquoi encore il existe lgitimement, au sein de la communion de l'Eglise, des Eglises particulires jouissant de leurs traditions propres - sans prjudice du primat de la Chaire de Pierre qui prside au rassemblement universel de la charit(11)garantit les lgitimes diversits et veille en mme temps ce que, loin de porter prjudice l'unit, les particularits, au contraire, lui soient profitables. De l, enfin, entre les diverses parties de l'Eglise, des liens de communion intime quant aux richesses spirituelles, aux ouvriers apostoliques et aux ressources matrielles. Les membres du peuple de Dieu sont appels en effet partager leurs biens et chacune des Eglises s'appliquent galement les paroles de l'Aptre: "Que chacun mette au service des autres le don qu'il a reu, comme il sied de bons dispensateurs de la grce divine qui est si diverse" (1P 4,10).

Ainsi donc, cette unit catholique du peuple de Dieu qui prfigure et promeut la paix universelle, tous les hommes sont appels ; cette unit appartiennent sous diverses formes ou sont ordonn, et les fidles catholiques et ceux qui, par ailleurs, ont foi dans le Christ, et finalement tous les hommes sans exception que la grce de Dieu appelle au salut.

Notes:
(9) Cf. S. io. Chrysostomus, In Hom. 65, 1 : PG 59, 361..
(10) Cf. S. Irne, adv. Haer. III, 16, 6 ; III, 22, 1-3: PG 7, 925 A et 955 C-958 A ; Harvey 2, 87 s. et 120-123 ; Sagnard; Sources Chr. pp. 290-292 et 372 ss.
(11) Cf. S ignace MM Ad Praef.: Funk I, p. 252.


Les fidles catholiques

14 C'est vers les fidles catholiques que le saint Concile tourne en premier lieu sa pense. Appuy sur la Sainte Ecriture et sur la Tradition, il enseigne que cette Eglise en marche sur la terre est ncessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est mdiateur et voie de salut: or, il nous devient prsent en son Corps qui est l'Eglise ; et en nous enseignant expressment la ncessit de la foi et du baptme (cf. Mc 16,16 Jn 3,5), c'est la ncessit de l'Eglise elle-mme, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptme, qu'il nous a confirme en mme temps. C'est pourquoi ceux qui refuseraient soit d'entrer dans l'Eglise catholique, soit d'y persvrer, alors qu'ils la sauraient fonde de Dieu par Jsus-Christ comme ncessaire, ceux-l ne pourraient pas tre sauvs.

Sont incorpors pleinement la socit qu'est l'Eglise ceux qui, ayant l'Esprit du Christ, acceptent intgralement son organisation et tous les moyens de salut institus en elle, et qui, en outre, grce aux liens constitus par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclsiastique et la communion, sont unis, dans l'ensemble visible de l'Eglise, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les vques. L'incorporation l'Eglise, cependant, n'assure pas le salut pour celui qui, faute de persvrer dans la charit, reste bien "de corps" au sein de l'Eglise, mais non "de coeur"(12). Tous les fils de l'Eglise doivent d'ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit tre rapporte non leurs mrites, mais une grce spciale du Christ ; s'ils n'y correspondent pas par la pense, la parole et l'action, ce n'est pas le salut qu'elle leur vaudra, mais un plus svre jugement(13).

Quant aux catchumnes qui, sous l'action de l'Esprit-Saint demandent par un acte explicite de leur volont tre incorpors l'Eglise, par le fait mme de ce voeu, ils lui sont unis, et l'Eglise, maternelle, les enveloppe dj comme siens dans son amour en prenant soin d'eux.

Notes:
(12) Cf. S. Augustin, bapt. c. Donat. V, 28, 39: PL 43, 197: "Il est bien vident, que si l'on dit dans et hors de l'Eglise, cela doit s'entendre du coeur et non du corps" - Cf. ib. III, 19, 26: col. 152 ; V, 18, 24: col. 189 ; In. Tr. 61, 2 :: PL 35, 1800, et alibi saepe.
(13) Cf. Lc 12,48: "A qui on aura beaucoup donn, il sera beaucoup demand" - Cf. etiam Mt 5,19-20 7,21-22 25,41-46 Jc 2,14



Les liens de l'Eglise avec les chrtiens non catholiques

15 Avec ceux qui, tant baptiss, portent le beau nom de chrtiens sans professer pourtant intgralement la foi ou sans garder l'unit de la communion sous le Successeur de Pierre, l'Eglise se sait unie pour de multiples raisons(14). Il en est beaucoup, en effet, qui tiennent en honneur la Sainte Ecriture comme rgle de foi et de vie, manifestent un zle religieux sincre, croient de tout leur coeur au Dieu Pre tout-puissant et au Christ Fils de Dieu et Sauveur(15), sont marqus par le baptme qui les unit au Christ, et mme reconnaissent et reoivent d'autres sacrements dans leurs propres Eglises ou dans leurs communauts ecclsiales. Plusieurs d'entre eux jouissent mme d'un piscopat, clbrent la sainte Eucharistie et entourent de leur pit la Vierge Mre de Dieu(16). A cela s'ajoute la communion dans la prire et dans les autres bienfaits spirituels, bien mieux, une vritable union dans l'Esprit-Saint, puisque, par ses dons et ses grces, il opre en eux aussi son action sanctifiante et qu'il a donn certains d'entre eux la force d'aller jusqu' verser leur sang. Ainsi, l'Esprit suscite en tous les disciples du Christ le dsir et l'action qui tendent l'union paisible de tous, suivant la manire que le Christ a voulue, en un troupeau unique sous l'unique Pasteur(17). A cette fin, l'Eglise notre Mre ne cesse de prier, d'esprer et d'agir, exhortant ses fils se purifier et se renouveler pour que, sur le visage de l'Eglise, le signe du Christ brille plus clair.

Notes:
(14) Cf. Lon XIII, epist. apost. Praeclara gratulationis, 20 Juin 1894: ASS 26 (1893-94), p. 707.
(15) Cf. Lon XIII, encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895-96), p. 738 - Encycl. Caritatis studium, 25 Juill. 1898: ASS 31 (1898-99), p. 11. - Pie XII, nuntius radioph. Nell'alba, 24 Dc. 1941: AAS 34 (1942) p. 21.
(16) Cf. Pie XI, encyc. Rerum Orientalium, 8 Sept. 1928: AAS 20 (1928), p. 287. - Pie XII, encycl. Orientalis Ecclsiae, 9 apr. 1944: AAS 36 (1944), p. 137.
(17) Cf. instr. S.S..C.S. Offich, 20 dc. 1949: AAS 42 (1950), p. 142.


Les non-chrtiens

16 Enfin, quant ceux qui n'ont pas encore reu l'Evangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonns au peuple de Dieu(18). et, en premier lieu, ce peuple qui reut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9,4-5), peuple trs aim du point de vue de l'lection, cause des pres, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11,28-29). Mais le dessein de salut enveloppe galement ceux qui reconnaissent le Crateur, en tout premier lieu les musulmans qui professent avoir la foi d'Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, misricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. Et mme des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu'ils ignorent, Dieu n'est pas loin, puisque c'est lui qui donne tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17,25-28), et puisqu'il veut, comme Sauveur, que tous les hommes soient sauvs (cf. 1Tm 2,4). En effet, ceux qui, sans qu'il y ait de leur faute, ignorent l'Evangile du Christ et son Eglise, mais cherchent pourtant Dieu d'un coeur sincre et s'efforcent, sous l'influence de sa grce, d'agir de faon accomplir sa volont telle que leur conscience la leur rvle et la leur dicte, ceux-l peuvent arriver au salut ternel(19). A ceux-l mmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grce divine, avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours ncessaires leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l'Eglise le considre comme une prparation vanglique(20) et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie. Bien souvent, malheureusement, les hommes, tromps par le malin, se sont gars dans leurs raisonnements, ils ont chang la vrit de Dieu contre le mensonge, en servant la crature de prfrence au Crateur (cf. Rm 1,25) ou bien vivant et mourant sans Dieu en ce monde, ils sont exposs aux extrmits du dsespoir. C'est pourquoi l'Eglise, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur: "Prchez l'Evangile toutes cratures" (Mc 16,16), met tout son soin encourager et soutenir les missions.

Notes:
(18) Cf. S Thomas, Summa Thol. III 8,3, ad 1.
(19) cf. epist. S.S.C.S. Offich ad Archiep. Boston.: Ds 3869-3872.
(20) Cf. Eusbe Caes, Praeparatio Evangelica, 1,1 : PG 21, 28



Le caractre missionnaire de l'Eglise

17 Tout comme il a t envoy par le Pre, le Fils lui-mme a envoy ses aptres (cf. Jn 20,21) en disant: "Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Pre et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant observer tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu' la consommation des temps" (Mt 28,18-20). Ce solennel commandement du Christ d'annoncer la vrit du salut, l'Eglise l'a reu des aptres pour en poursuivre l'accomplissement jusqu'aux extrmits de la terre (cf. Ac 1,8). C'est pourquoi elle fait siennes les paroles de l'Aptre: "Malheur moi si je ne prchais pas l'Evangile" (1Co 9,16): elle continue donc inlassablement envoyer les hrauts de l'Evangile jusqu' ce que les jeunes Eglises soient pleinement tablies et en tat de poursuivre par elles-mmes l'oeuvre d'vanglisation. L'Esprit-Saint la pousse cooprer la ralisation totale du dessein de Dieu qui a fait du Christ le principe du salut pour le monde tout entier. En prchant l'Evangile, l'Eglise dispose ceux qui l'entendent croire et confesser la foi, elle les prpare au baptme, les arrache l'esclavage de l'erreur et les incorpore au Christ pour crotre en lui par la charit jusqu' ce que soit atteinte la plnitude. Son activit n'a qu'un but: tout ce qu'il y a de germes de bien dans le coeur et la pense des hommes ou dans leurs rites propres et leur culture, non seulement ne pas le laisser perdre, mais le gurir, l'lever, l'achever pour la gloire de Dieu, la confusion du dmon et le bonheur de l'homme. A tout disciple du Christ incombe pour sa part la charge de l'expansion de la foi(21). Mais si le baptme peut tre donn aux croyants par n'importe qui, c'est aux prtres cependant qu'il revient de procurer l'dification du Corps par le sacrifice eucharistique en accomplissant les paroles de Dieu qui dit par la voix du prophte: "De l'Orient jusqu'au couchant, mon Nom est grand parmi les nations, et en tous lieux est offert mon Nom un sacrifice et une offrande pure" (Ml 1,11)(22). Ainsi, l'Eglise unit prire et travail pour que le monde entier dans tout son tre soit transform en peuple de Dieu, en Corps du Seigneur et temple du Saint-Esprit, et que soient rendus dans le Christ, chef de tous , au Crateur et Pre de l'univers, tout honneur et toute gloire.

Notes:
(21) Cf. Benoit XV, epist. apost. Maximum illud: AAS 11 (19189), p. 440, praesertim, pp. 451 ss. - Pie XI, encyc. Rerum Ecclesia: AAS 18 (1926), pp. 68-69. - Pie XII, encycl. Fidei Donum, 21 apr. 1957: AAS 49 (1957), pp.236-237.
(22) Cf. Didach, 14: Funk I, p. 32 - S. Justin, Dialo. 41: PG 6, 564 - S Irne, adv. Haer. IV, 17, 5: PG 7, 1023 ; Harvey, 2, pp. 199 s. - Conc. Trid. sess. 22, cap. 1 : Ds 939 (1742).


CHAPITRE III

LA CONSTITUTION HIERARCHIQUE DE L'EGLISE
ET SPECIALEMENT L'EPISCOPAT

Introduction

18 Le Christ Seigneur, pour assurer au peuple de Dieu des pasteurs et les moyens de sa croissance, a institu dans son Eglise des ministres varis qui tendent au bien de tout le corps. En effet, les ministres qui disposent du pouvoir sacr, sont au service de leurs frres, pour que tous ceux qui appartiennent au peuple de Dieu et jouissent par consquent, en toute vrit, de la dignit chrtienne, parviennent au salut, dans leur effort commun, libre et ordonn, vers une mme fin.

Ce saint Concile, s'engageant sur les traces du premier Concile du Vatican, enseigne avec lui et dclare que Jsus-Christ, Pasteur ternel, a difi la sainte Eglise en envoyant ses aptres, comme lui-mme avait t envoy par le Pre (cf. Jn 20,21) ; il a voulu que les successeurs de ces aptres, c'est--dire les vques, soient dans l'Eglise, pasteurs jusqu' la consommation des sicles. Mais, pour que l'piscopat lui-mme ft un et indivis, il a mis saint Pierre la tte des autres aptres, instituant, dans sa personne, un principe et un fondement perptuels et visibles d'unit de foi et de communion(1). Cette doctrine du primat du Pontife romain et de son infaillible magistre, quant son institution, sa perptuit, sa force et sa conception, le saint Concile nouveau le propose tous les fidles comme objet certain de foi. De plus, poursuivant la tche commence, il veut, devant tous, noncer et expliciter la doctrine en ce qui concerne les vques, successeurs des aptres qui, avec le successeur de Pierre, vicaire du Christ(2), et chef visible de toute l'Eglise, ont charge de diriger la maison du Dieu vivant.

Notes:
(1) Cf. Conc. Vat. I, sess. 4, Const. dogm. Pastor aeternus: Denz. 1821 (DS 3050 s.).
(2) Cf. Conc. Flor., Decretum pro Graecis: Denz. 694 (1307) et Conc. Vat. I, ib: Denz. 1826 (DS 3059).

L'institution des Douze

19 Le Seigneur Jsus, aprs avoir longuement pri son Pre, appelant lui ceux qu'il voulut, en institua douze pour en faire ses compagnons et les envoyer prcher le royaume de Dieu (cf. Mc 3,13-19 Mt 10,1-42) il en fit ses aptres (cf. Lc 6,13), leur donnant forme d'un collge, c'est--dire d'un groupe stable, et mit leur tte Pierre, choisi parmi eux (cf. Jn 21,15-17).Il les envoya aux fils d'Isral d'abord et toutes les nations (cf. Rm 1,16) pour que, participant son pouvoir, ils fassent de tous les peuples ses disciples, pour qu'ils les sanctifient et les gouvernent (cf. Mt 28,16-20 Mc 16,15 Lc 24,45-48 Jn 20,21-23), propagent ainsi l'Eglise et remplissent son gard, sous la conduite du Seigneur, le ministre pastoral tous les jours jusqu' la consommation des sicles (cf. Mt 28,20). Le jour de Pentecte, ils furent pleinement confirms dans cette mission (cf. Ac 2,1-26), selon la promesse du Seigneur: "Vous recevrez une force, celle de l'Esprit-Saint qui descendra sur vous, et vous serez mes tmoins Jrusalem, dans toute la Jude et la Samarie et jusqu'aux extrmits de la terre" (Ac 1,8). En prchant partout l'Evangile (cf. Mc 16,20), accueilli par ceux qui l'coutent grce l'action de l'Esprit-Saint, les aptres rassemblent l'Eglise universelle que le Seigneur a fonde en ses aptres et btie sur le bienheureux Pierre, leur chef, le Christ Jsus tant lui-mme la pierre suprme d'assise (cf. Ap 21,1 Mt 16,18 Ep 2,20).(3)

Notes:
(3) Cf. liber sacramentorum S. grgoire, Praef. in natali S. Mathieu et S Thomas: PL 78, 51 et 152 ;cf. Cod. Vat. lat. 3548, f. 18. S. Hilaire, In Ps 67,10: pl 9, 450 ; CSEL 22, p. 286. S. Hieronymus, adv. Iovin, 1, 26: PL 23, 247 A. S Augustin, In ps. 86, 4: PL 37, 1103. S grgoire M. Mor. in XXVIII, V: PL 76, 455-456. Primasius, comm. in apoc. V: pl 68, 924 BC. Paschasius Radb. In L. VIII, cap. 16: PL 12O, 561 C. Cf. L&on XIII, epist. Et sane, 17 Dcem. 1888: ASS 21 (1888), p. 321.

Les vques successeurs des aptres

20 La mission divine confie par le Christ aux aptres est destine durer jusqu' la fin des sicles (cf. Mt 28,20), tant donn que l'Evangile qu'ils doivent transmettre est pour l'Eglise principe de toute sa vie, pour toute la dure du temps. C'est pourquoi les aptres prirent soin d'instituer dans cette socit hirarchiquement ordonne, des successeurs.

En effet, ils n'eurent pas seulement dans leur ministre des auxiliaires divers(4), mais, pour que la mission qui leur avait t confie pt se continuer aprs leur mort, ils donnrent mandat, comme par testament, leurs cooprateurs immdiats d'achever leur tche et d'affermir l'oeuvre commence par eux (5) , leur recommandant de prendre garde tout le troupeau dans lequel l'Esprit-Saint les avait institus pour patre l'Eglise de Dieu (cf. Ac 20,28). Ils institurent donc des hommes de ce genre, et disposrent par la suite qu'aprs leur mort d'autres hommes prouvs recueilleraient leur ministre(6). Parmi les diffrents ministres qui s'exercent dans l'Eglise depuis les premiers temps, la premire place, au tmoignage de la Tradition, appartient la fonction de ceux qui, tablis dans l'piscopat, dont la ligne se continue depuis les origines(7), sont les sarments* par lesquels se transmet la semence apostolique(8). Ainsi, selon le tmoignage de saint Irne, la Tradition apostolique se manifeste(9) et se conserve dans le monde entier par ceux que les aptres ont faits vques et par leurs successeurs jusqu' nous(10).

Ainsi donc, les vques ont reu, pour l'exercer avec l'aide des prtres et des diacres, le ministre de la communaut(11). Ils prsident au nom et en place de Dieu le troupeau(12), dont ils sont les pasteurs, par le magistre doctrinal, le sacerdoce du culte sacr, le ministre du gouvernement(13). De mme que la charge confie personnellement par le Seigneur Pierre, le premier des aptres, et destine tre transmise ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est galement la charge confie aux aptres d'tre les pasteurs de l'Eglise, charge dont l'ordre sacr des vques doit assurer la prennit(14). C'est pourquoi le saint Concile enseigne que les vques, en vertu de l'institution divine, succdent aux aptres(15), comme pasteurs de l'Eglise, en sorte que, qui les coute, coute le Christ, qui les rejette, rejette le Christ et celui qui a envoy le Christ (cf. Lc 10,16)(16).

Notes:
(4) Cf. Ac 6,2-6 11,30 13,1 14,23 20,17 1Th 5,12-13 Ph 1,1 Col 4,11 cf. passim.
(5) Cf. Ac 20,25-27 2Tm 4,6 s. coll. c. 1Tm 5,22 ; 2Tm 2,2 I,5 - S Clem. Ad Cotr 44, 3: Funk I, p. 156.
* le latin voque l'image du marcottage.
(6) S. Clem. Ad Cor. 44, 2 ; Funk I, pp. 154 s.
(7) Cf. Tertullianus, Praescr. Haer. 32: PL 2, 52 s. S Ignace M. passim.
(8) " " " " " " " 32, PL 2, 53.
(9) Cf. S Irne, adv. Haer.III, 3, 1 : PG 7, 848 A ; Hzarvey 2, 8 ; Sagnard, Sources chrt. pp. 100 s.: "manifestatam".
(10) Cf. Cf. S. Irne, adv. Haer. III, 2, 2 : PG 7, 847; harvey 2, 7 ; Sagnard ibid. p. 100: "custoditur" ; cf. ibid. IV, 26, 2 : col. 1053 ; harvey 2, 236 necnon IV, 33, 8 ; col. 1077 ; Harvey 2, 262.
(11) S. Ignace M. Philad. Praef.: Funk I, p. 264.
(12) " " " " " 1, 1 ;; Magn. 6, 1 : Funk I, 264 et 234.
(13) S Clem. l.c. 42, 3-4 ; 44, 3-4 ; 57, 1-2: Funk I, 152, 156, 171 s. - S Ignace M. philad. 2 ;; smyrn.8, magn. 3 ;; Trall. 7: Funk I, pp. 265 ; 282 ; 232 ; 246 s. etc. - S. Justin, Apol. 1, -( PG 6 428 6 S. Cyprien, Epist. passim.
(14) Cf. Lon XIII, encycl. Satis cognitum, 29 juin 1896: ASS 28 (1895-96), p. 732.
(15) Cf. Conc. Trid. sess. 23, Decre. de sacr. Ordinis, cap. 4: Denz. 1828 (DS 3061). Pie XII, encyc. Mystici corporis, 29 juin 1943, AAS 35 (1943), pp. 209 et 212. Cod. iur. CIS 329 # 1.
(16) Cf. Lon XIII, epist. Et sane, 17 dc. 1888: ASS 21 (1888), pp. 321.


La sacramentalit de l'piscopat

21 Ainsi donc en la personne des vques assists des prtres, c'est le Seigneur Jsus-Christ, Pontife suprme, qui est prsent au milieu des croyants. Assis la droite de Dieu le Pre, il ne cesse d'tre prsent la communaut de ses pontifes(17). C'est par eux en tout premier lieu, par leur service minent, qu'il prche la Parole de Dieu toutes les nations et administre continuellement aux croyants les sacrements de la foi ; c'est par leur paternelle fonction (cf. 1Co 4,15) qu'il intgre son Corps par la rgnration surnaturelle des membres nouveaux ; c'est enfin par leur sagesse et leur prudence qu'il dirige et oriente le peuple du Nouveau Testament dans son plerinage vers l'ternelle batitude. Ces pasteurs, choisis pour patre le troupeau du Seigneur, sont les ministres du Christ et les dispensateurs des mystres de Dieu (cf. 1Co 4,1). A eux a t confie la charge de rendre tmoignage de l'Evangile de la grce de Dieu (cf. Rm 15,16 Ac 20,24) et d'exercer le ministre glorieux de l'Esprit et de la justice (cf. 2Co 3,8-9).

Pour remplir de si hautes charges, les aptres furent enrichis par le Christ d'une effusion de l'Esprit-Saint descendant sur eux (cf. Ac 1,8 2,4 Jn 20,22-23) ; eux-mmes, par l'imposition des mains, transmirent leurs collaborateurs le don spirituel (cf. 1Tm 4,14 2Tm 1,6-7) qui s'est communiqu jusqu' nous travers la conscration piscopale. Le saint Concile enseigne que, par la conscration piscopale,(18) est confre la plnitude du sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Eglise et la voix des saints Pres dsignent en effet sous le nom de sacerdoce suprme, de ralit totale du ministre sacr(19). La conscration piscopale, en mme temps que la charge de sanctifier, confre aussi des charges d'enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s'exercer que dans la communion hirarchique avec le chef du collge et ses membres. En effet, la Tradition qui s'exprime surtout par les rites liturgiques et par l'usage de l'Eglise, tant orientale qu'occidentale, montre l'vidence que par l'imposition des mains et les paroles de la conscration, la grce de l'Esprit-Saint est donne(20) et le caractre sacr imprim(21), de telle sorte que les vques, d'une faon minente et visible, tiennent la place du Christ lui-mme, Matre, Pasteur et Pontife et jouent son rle(22). Aux vques, il revient d'introduire, par le sacrement de l'Ordre, de nouveaux lus dans le corps piscopal.

Notes: (17) S. Lon M. Serm. 5, 3 : PL 54, 154. (18) Conc. Trid. sess. 23 cap. 3 citat verba 2Tm 1, 6-7 le concile de Trente, session 23, chap. 3 cite les paroles de 1Tm 1,6-7 pour prouver que l'Ordre est un vritable sacrement): Denz 959 (DS 1766). (19) In Trad. Apost. 3: Botte, Sources chr. pp. 27-30, Episcopo tribuitur "primatus sacerdotii". cf. Sacramentarium Leonianum : C. Mohlberg, Sacramentarium Veronense, Romae 1955, p. 119 [au ministre du sacerdoce suprme... Accomplis dans les prtres la ralit totale de ton mystre=ministre]. Idem, Liber Sacramentorum Romanae Ecclesiae, Romae, 1960, pp. 121-122 :

Donne leur, Seigneur, la chaire piscopale pour qu'ils dirigent l'Eglise et tout le peuple]: Cf. PL 78, 224. (20) Trad. apost. 2 ; Botte, p. 27. (21) Conc. Trid. sess. 23, cap. 4

le Concile de Trente enseigne que le sacrement de l'Ordre imprime un caractre indlbile): Denz. 960 (DS 1767). Cf. Jean XXIII, alloc. Jubilate Deo, 8 mai 1960 : AAS 52 (1960), p. 466. Paul VI, hom. in Bas. vatic. 20 Oct. 1963: AAS 55 (1963), p. 1014. (22) S Cyprien, epist. 63, 14 : PL 4, 386 ; CSEL (Hartel) III B, p. 713. [le prtre agit vritablement la place du Christ]. S Io. Chrysostome,In 2 Tim. Hom. 2, 4 : PG 62, 612 : Sacerdos est "symbolon" Christi. S Ambroise, In Ps. 38, 25-26 : PL 14, 1051-52 ; CSEL 64, 203-204 Ambrosiaster, In 1 Tim. 5, 19 PL 17, 479 C et i n Eph. 4, 11-12 : col. 387 C - Theodorus mops. Hom. Cate. XV, 21 et 24 : Tonneau pp. 497 et 503. Hesychius Hieros, In Lev. L. 2, 9, 23 : PG 93, 894 B


Le collge piscopal et son chef

22 De mme que saint Pierre et les autres aptres constituent, de par l'institution du Seigneur, un seul collge apostolique, semblablement le Pontife romain, successeur de Pierre et les vques successeurs des aptres, forment entre eux un tout. Dj la plus antique discipline en vertu de laquelle les vques tablis dans le monde entier vivaient en communion entre eux et avec l'vque de Rome par le lien de l'unit, de la charit et de la paix(23), et de mme la runion de Conciles(24), o l'on dcidait en commun de toutes les questions les plus importantes(25), par une dcision que l'avis de l'ensemble permettait d'quilibrer(26), tout cela signifie le caractre et la nature collgiale de l'Ordre piscopal ; elle se trouve manifestement confirme par le fait des Conciles oecumniques tenus tout le long des sicles. On la trouve voque dans l'usage qui s'est introduit de trs bonne heure d'appeler plusieurs vques pour cooprer l'lvation d'un nouvel lu au ministre sacerdotal le plus lev. C'est en vertu de la conscration sacramentelle et par la communion hirarchique avec le chef du collge et ses membres que quelqu'un est fait membre du corps piscopal.

Mais le collge ou corps piscopal n'a d'autorit que si on l'entend comme uni au Pontife romain a sur l'Eglise, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l'Eglise, un pouvoir plnier, suprme et universel qu'il peut toujours exercer librement. L'Ordre des vques qui succde au collge apostolique dans le magistre et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel se perptue le corps apostolique, constitue, lui aussi, en union avec le Pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet d'un pouvoir suprme et plnier sur toute l'Eglise(27), pouvoir cependant qui ne peut s'exercer qu'avec le consentement du Pontife romain. Le Seigneur a fait du seul Simoun la pierre de son Eglise, lui seul il en a remis les cls (cf. Mt 16,18-19) ; il l'a institu pasteur de tout son troupeau (cf. Jn 21,15 s.), mais cette charge de lier et de dlier qui a t donne Pierre (Mt 16,19) a t aussi donne, sans aucun doute, au collge des aptres unis leur chef (Mt 18,18; 28,16-20)(28). Par sa composition multiple, ce collge exprime, par son rassemblement sous un seul chef, l'unit du troupeau du Christ. Dans ce collge, les vques fidles observer le primat et l'autorit d
Publié le Mercredi 07 Juillet 2010
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